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28 Sep

La guerre ne mène à rien

Publié par Pierre Chappaz  - Catégories :  #Politique etrangere, #réfugiés, #migrants, #irak, #syrie

J'ai actualisé cet article publié avant les attentats de Paris. Après ces massacres, l'émotion ne facilite pas la réflexion. Pourtant, réfléchissons: nous les bombardons, ils se vengent. Nous re-bombardons. Et ensuite? Pouvons-nous arrêter ce cycle monstrueux?

Je n'ai pas de recette miracle pour arrêter la guerre au Moyen-Orient. Mais comment peut-on imaginer que la paix puisse être rétablie en Syrie, en Irak, en Afghanistan, en Libye, et dans les autres pays déchirés, par la force militaire?

Ces pays, produits du découpage artificiel des territoires par les occidentaux, n'ont jamais été des nations. Seulement un regroupement d'ethnies et de religions antagonistes à l'intérieur de frontières artificielles. Ils n'ont cessé depuis des générations de subir intervention militaire sur intervention militaire: Anglais et Français en Egypte dés les années 50, Russes en Afghanistan dans les années 80 et de nouveau aujourd'hui en Syrie, Américains en Irak depuis les années 90 puis en Afghanistan après le 11 Septembre, Français au Tchad depuis les années 60 et 70, en Libye en 2011 avec les anglais, au Mali en 2013, puis en Irak et en Syrie ...

Le bilan de ces interventions extérieures est un désastre. Elles ont le plus souvent aggravé et même suscité (Irak, Libye) guerres de religions et affrontements tribaux. Quand elles ont "calmé la situation", c'est généralement provisoire, voyez l'état de l'Irak après 15 ans de seconde guerre américaine. Et pouvons-nous être fiers du soutien occidental à la dictature de Sissi en Egypte ? que se passera-t-il plus tard dans ce pays, lorsque la chape de plomb sautera, ce qui n'est qu'une question de temps, même s'il s'agit de temps long.

L'Occident (au sens large, la Russie en fait partie) est donc en grande partie à l'origine du chaos du monde islamique. Aujourd'hui les Etats artificiels éclatent. Reste la guerre de religion Sunnites-Chiites, la persécution des chrétiens, et les conflits tribaux.

Que va faire l'Occident dans la galère Syrienne?

Dans le conflit sanglant entre Bachar El-Assad, meurtrier de son peuple, Daech, sorte de kmers rouges islamistes, Le Front Al-Nostra, émanation d'Al Quaida, et quelques autres, la France a longtemps hésité à prendre parti. Depuis un an, elle bombarde l'Etat Islamique, d'abord en Irak à la suite des américains, et finalement en Syrie depuis quelques mois.

Depuis les épouvantables attentats de Paris, beaucoup de commentateurs refusent de voir la réalité: il s'agit bien d'une vengeance de l'Etat Islamique. Il faut se rappeler qu'avant d'être attaqué par les américains en Irak, cette organisation n'avait jamais organisé d'attentat en Occident, à la différence d'Al Qaida dont c'est la marque de fabrique. Son projet était avant tout territorial, visant à reconstituer un mythique Califat aux dépends des Etats issus de la colonisation. Alors certes, Daech s'est en pris aux Français, plutôt qu'aux Américains. C'est tellement plus facile: moins loin, moins bien protégé, et des supporters nombreux parmi les jeunes musulmans radicalisés de l'hexagone.

Après la vengeance des djihadistes, les bombardements reprennent de plus belle. Dans quelle perspective? quelle est la stratégie?

Ces bombardements, qu'ils soient français, américains ou russes ne suffiront pas pour éliminer Daech, en revanche ils poussent à son paroxysme la haine des djihadistes écrasés sous les bombes, et de leurs sympathisants "français". Alors on entend de plus en plus de responsables politiques appeler à une intervention au sol ... Ont-ils oublié la leçon de l'Irak et de l'Afghanistan?

L'histoire l'a démontré, les interventions étrangères au Proche-Orient ne font que nourrir le cycle de vengeances et de massacres.

La guerre Sunnites-Chiites ne concerne pas l'Occident.

La France aurait certes mieux fait de ne pas intervenir en Irak et en Syrie. Aujourd'hui dans la douleur et le ressentiment les Français découvrent qu'ils sont en guerre. Le temps est aux discours martiaux, il est bien difficile de faire entendre une autre voix sans passer pour un faible ou pour un traitre. Et si le le véritable acte de courage c'était de se retirer de ce conflit qui fondamentalement ne nous concerne pas?

Plutôt que faire la guerre au Proche-Orient, la France devrait concentrer toutes ses forces pour réparer sa société divisée, éclatée, défiée par ces jeunes musulmans qui possèdent le passeport français alors qu'ils ont la haine. Depuis les attentats on assiste à un début de réaction salutaire. Le débat sur l'identité et les valeurs dépasse les faux semblants habituels, on peut évoquer les racines chrétiennes du pays sans se faire lyncher, Hollande invite même les Français à faire flotter leur drapeau ... les choses bougent, mais après des décennies de dérive il faudra longtemps pour reconstruire une société unie et fière d'elle-même.

Pour en revenir à la guerre, le retrait de toutes les forces étrangères de Syrie et d'Irak est probablement une utopie, vu le nombre de puissances qui s'y font la guerre par factions interposées, au prix de centaines de milliers de morts et de millions de réfugiés. La France n'a rien à gagner en participant à ce terrible jeu de poker menteur, entre l'Iran chiite, allié de la Russie d'une part, l'Arabie Saoudite et le Qatar sunnites d'autre part, sans oublier les Américains et les Turcs ...

La guerre au Levant vient de loin et sera longue. En France, la guerre des Catholiques et des Protestants au XVIe siècle a duré 40 ans , aggravée elle aussi par l'ingérence des pays voisins.

comment arrêter l'engrenage de la vengeance?
comment arrêter l'engrenage de la vengeance?

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